Mieux comprendre votre rapport au pouvoir grâce à Zola, Jules Romains, Tom Wolfe et John Cheever

« Je suis un investisseur bancaire, répliqua Larry, et je m’apprête à assister à un dîner d’affaires où il sera question de la souscription d’obligations d’un montant de quarante-quatre millions de dollars. Je vaux neuf cent mille dollars. J’ai une maison de vingt-deux pièces à Bullet Park, un chenil, deux chevaux de selle, trois enfants au lycée, un voilier de six mètres et cinq automobiles.
-Bon sang », s’exclama l’homme. »
Les-hommes-de-bonne-volonté
John Cheever, Métamorphoses

 Le pouvoir est-il une tentation, une illusion, une ivresse, un piège ? La réussite se mesure-t-elle à la taille de votre Rolex (raccourci un brin caricatural) ou à votre sentiment d’accomplissement personnel (option plus politiquement correcte mais difficile à évaluer) ? Au-delà des rêves d’enfants et des clichés, de quoi est constitué votre rapport personnel au pouvoir ? Quels sont, pour vous, ses attraits et ses dangers ?

Cette conférence vous propose d’y réfléchir en explorant la personnalité de quatre hommes de pouvoir imaginés par des écrivains :

  •  Aristide Saccard et son fol orgueil (L’Argent, Zola) ;
  •  Haverkamp, le lucide (Les hommes de bonne volonté, Jules Romains);
  • Sherman McCoy, le soumis (Le bûcher des vanités, Tom Wolfe) ;
  • Larry Acton, l’arrogant (Métamorphoses, John Cheever).

Dans la littérature comme dans la vie, la quête du pouvoir n’est pas le seul moteur des chefs d’entreprise. Goût de l’aventure, soif de luxe et de plaisir, devoir vis-à-vis des ancêtres, les mobiles sont au contraire d’une grande diversité. Mais une fois parvenus en haut de l’échelle sociale, les hommes d’affaires – en l’occurrence, ce sont des hommes – éprouvent le besoin de proclamer leur réussite à la face du monde. Au point de se voir dicter leur vie privée : le trader du Bûcher des vanités ne choisit ni la rue où il habite ni l’école de son enfant, tandis que le Saccard de L’Argent se voit imposer la femme qu’il doit afficher à son bras. Autrement dit, l’argent et la réussite peuvent emprisonner au lieu de libérer – le brillant Haverkamp de Jules Romains est le seul à être suffisamment fin pour le comprendre et en tirer les conséquences d’une façon très originale.

Autre inconvénient parfaitement mis en lumière par les écrivains : la soif de réussite n’est jamais satisfaite. Il y a toujours quelqu’un un peu au-dessus, qu’il faut rejoindre et dépasser. Pire encore, lorsque cette supériorité est affaire de naissance ou d’origine sociale, tout le génie et toute l’énergie du monde ne peuvent la faire disparaître. Haverkamp restera un parvenu aux yeux de certains aristocrates, de même que le financier du Bûcher des vanités sera toujours méprisé de son voisin du dessus.

Sans oublier un aspect plus philosophique, souligné par John Cheever : riche ou pauvre, modeste ou triomphant, l’homme reste un jouet entre les mains de son destin. Autant dire qu’il a tout intérêt à ne pas se perdre dans la quête illusoire du pouvoir.

 La conférence est ponctuée par la lecture d’extraits de romans. En fonction du nombre de participants et de la durée, elle peut être complétée par de courtes séquences d’écriture, sous forme d’atelier. Moyen irremplaçable de dérouler sa pensée d’une façon à la fois rigoureuse et créative, l’écriture vous permettra de prendre du recul sur vos habitudes quotidiennes. Ainsi, vous pourrez élaborer une réflexion sur votre rapport au pouvoir – son origine et la façon dont il peut évoluer.